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Ana Torfs
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2003
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<< à...à...aaah! >>. 2003 - 1 p.
  
Et d´abord le désir (la nécessité ?), « nel mezzo del cammin di nostra vita » peut-être, d´en revenir aux origines, quand rien encore ne paraissait décidé mais que tout, pourtant, se dessinait déjà. Poser la question capitale : comment tout commence, et y répondre par la lettre première-née, le petit a du début. A comme enfance, ce qu´on pourrait dire aussi enfance de l´art, dès lors qu´on voudra bien reconnaître que celui-ci n´est pas autre chose, sans doute, que le souvenir tout vif, la mémoire entretenue d´un certain état de perception accomplie et tremblée du monde et de soi.
Tel, donc, serait le commencement : soi, le monde et l´appropriation de l´un par l´autre dans le jeu : jeux de rôles, d´identités, d´objets : théâtre, théâtre en somme et au premier chef, comme une matrice d´où tout procéderait, les images, les sons, les mots (« Words, words, words »), le chant et tout l´incertain qui saura pour finir contaminer jusqu´aux assises du réel : si je ne suis pas moi, toi, qui donc es-tu ? Et quelle, cette vérité qui paraît transiter par un petit pull marin insistant, être criée par une trompette de creuse renommée ? Glissement, illusion, vacarme. Le monde est une scène, mais quand les enfants y paraissent pour jouer la comédie, c´est toujours avec infiniment de sérieux.
Autant dire qu´ils pourraient bien y laisser leur tête – comme certain roi à qui, faute d´avoir su convaincre en domestique, elle fut coupée –, ou en perdre leur sommeil (rêves, signes énigmatiques, châteaux écroulés, singeries, masques, écrans opaques, figures sans visage et miroirs sans reflet), et nul remède, aucun secours à espérer cette fois du Dr Sigmund, Œdipe toujours errant et aveuglé, titubant dans l´obscurité d´un songe. Heureusement, l´antique chœur des femmes veille et qui saura conter l´histoire. Dès lors, c´est dans le livre que l´enfant s´absorbera, confiante et sans retenue.
Ainsi passa l´enfance d´A., ainsi je l´imagine. Y revenir, au milieu du chemin d´une vie d´artiste, c´est reconnaître, au double sens du mot. Rendre et présenter l´hommage dû, en premier lieu : du petit a initial, a de l´enfance, on passe alors à la préposition accentuée qui est, en français, la marque du datif, du complément d´attribution, et donner prend ici tout le sens d´une restitution. Rappeler et identifier ensuite ce qui fut, avec une sorte d´évidence retrouvée que vient certainement saluer le aaah ! exclamatif et ravi du titre. Mais je n´en écris que des mots, quand les images d´Ana Torfs, elles, sont muettes, c´est-à-dire éloquentes. Comme l´in-fans, l´enfant privé de langage et cependant clairvoyant.